Paris - Au vieux comptoir - Interview version longue

Publié le par Egmont Labadie

Anne et Cyril du Vieux Comptoir viennent d'avoir un enfant, gageons qu'il aura le palais bien éduqué!

L'interview est en commentaires.

Publié dans Ile-de-France

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LFDB 21/04/2010 23:22


juste enviie de faire un bisou a ma cousine Anne Marie


Egmont 10/12/2008 10:47

Le Vieux comptoir
Anne Clément
Verres Spiegelau bien remplis, presque 14 cl (demander)




Bugey : domaine Duport-Dumas
Alsace : Paul Dussourd

Anne (Clément, nom de jeune fille) et Cyril Bourlois

Viognier 2004 Colombo La violette S
Minéralité, légère réglisse, léger fenouil, carvi, attaque à la fois un peu corpulente, puis extrêmement miellée (miel de châtaignier) et oranger. Ro fruitée (pêche de vigne), fleurs blanches, lacté, poivré en fin. Très belle fraîcheur.



Bouteilles de 20 à 35 €

Ouvert du mardi au samedi de 12h à 0h
on peut venir boire un verre, manger une charcuterie, un fromage ou un dessert à n’importe quelle heure.

Interview
C’est un vin d’apéritif
Moselle château de Vaux Les Gryphées – 3€ S
Nez frais, fleurs blanches, fruit qui vient petit à petit, attaque pleine, puis belle fraîcheur, légère réglisse en fin, pamplemousse. RO un peu capiteuse, puis fleurs blanches, pamplemousses, puis beaucoup de poivre.
On sent des choses qui se révèlent progressivement, et derrière il y a les fruits, la minéralité, les fleurs blanches…c’est très bien

Je suis née en Moselle, et quand j’en suis partie, je me suis dit que c’était la dernière fois que je buvais du vin de Moselle. J’avais jamais rien bu d’enthousiasmant. Et je reçois Marie, une jeune femme dynamique, qui a fait une école d’œnologie, et qui me dit « ah mais tu es née en Moselle ». elle a acheté un domaine là-bas. Le château de Vaux, c’est 80% d’auxerrois 15% de pinot blanc. Ce qui est intéressant à l’apéritif, c’est qu’on est sur du pamplemousse bien mûr, c’est très léger, plein de fraîcheur, je trouve que c’est hyper intéressant
Ça a un côté fleurs blanches, mais c’est pas sauvignon, buis, végétal…
C’est l’auxerrois, c’est typique de la façon dont on travaille en Lorraine
Le fruité vient petit à petit, ça a l’air pas trop souffré
Non, c’est vraiment … ;elle fait partie de cette nouvelle génération de vignerons qui souffrent pas trop et qui travaillent bien
C’est pas amer, y’a une belle acidité, ça reste en suspension, c’est très bien, à l’apéritif c’est super
Oui, c’est vraiment un coup de cœur, et ça vaut pas cher, c’est vraiment un très bon rapport qualité-prix et c’est la découverte. Chaque fois que j’en parle, c’est un défi de dire « j’vais vous faire goûter un vin de Moselle ». au niveau de la découverte, j’trouve ça facile à boire, hyper plaisant, ça ouvre le palais. J’ai découvert ça y’a un an, on s’est connues avec Marie par une de mes amies, Hélène.

J’suis partie y’a plus de vingt ans de Moselle.
Chez nous, on a toujours bu, bien mangé, on a toujours aimé la table, le terroir. Je suis né à Metz, mais c’est parce que mon père construisait des routes. Mes grands-parents sont Bugistes. Du coup dans le Bugey, mon grand-père, qui tenait avec ma grand-mère lécole du village, adorait marcher, et quand j’étais petite, on partait avec tous les anciens du village marcher dans le vignoble. Et on s’arrêtait chez les uns et chez les autres, et on goûtait du vin (moi officiellement non, si ma grand-mère avait su, elle aurait botté les fesses de mon grand-père) j’avais 8-10 ans, on partait marcher, faire des grandes balades toute la journée, et le soir on se réchauffait chez un vigneron. J’étais supposée boire de l’eau, et les grands-pères faisaient une petite dégustation avec de la charcuterie.
C’est un vrai vignoble authentique au sens où les gens le sont vraiment, c’est très peu connu comme petite région, et c’est des vrais paysans, des gens qui aiment vraiment la terre. C’est une approche du vin qui est très paysanne. Evidemment maintenant, y’a la nouvelle génération de jeunes, qui est un peu plus dynamique, un peu plus ouvert, c’est pour ça qu’on voit un peu plus de Cerdon à Paris. Mon vigneron, Jacky Duport (domaine Duport-Dumas), il était à l’école avec mon père, il me connaît depuis que je suis toute petite, sa mondeuse elle est magnifique. Elle a pas à rougir des mondeuses du Jura (sic ). Il fait un chardonnay très joli, ses pinots noirs sont friands en bouche, pleins de fraîcheur, et le marc du Bugey ! Attention…

J’ai commencé l’école hôtelière à Metz, et je l’ai finie à Saint Quentin en Yvelines. J’ai une formation, comme mon mari, pour travailler dans les grands hôtels.

Ce que j’ai apprécié, c’est que vous ayez tout de suite ouvert une nouvelle bouteille parce que la première était bouchonnée, et même si vous aviez pas beaucoup de temps, j’ai été super bien servi, et avec une vraie attention pour le vin. C’est bien de sélectionner des bons vins, mais il faut aussi savoir les servir, et il faut y faire attention même quand on est pressé. J’étais dans mon petit coin, vous m’avez pas rembarré
On n’a pas à mégoter, le vin c’est la convivialité, la générosité, on va pas commencer à mettre le client en doute…le client trouve que le vin est bouchonné, ça peut être un autre défaut, mais qu’il le soit ou pas, dans tous les cas le vin ne plaît pas au client. Donc on le change, on refait goûter éventuellement le même vin ou on passe à autre chose, et je pense qu’on est dans le plaisir et la convivialité.

C’est un peu une volonté de notre part de ne pas trop être médiatisés, la meilleur publicité c’est le bouche à oreille, et ça amène des gens, quand on est enthousiaste pour un endroit, on choisit les amis à qui on en parle, si les parents sont très calmes, ils ont besoin d’un endroit hyper reposant, il faut un service et un confort qui n’est pas celui du bistrot. Après, y’a des journalistes qui font ce métier, et j’aime pas du tout la manière dont c’est fait. On travaille tous énormément, on est passionné par notre métier, mais on n’est pas des machines. Malheureusement on peut venir un jour nous juger, et si on vient ce jour-là sans un minimum d’esprit ouvert, en se disant « mes critères c’est ça et ça et ça, on doit les remplir »…on peut venir chez moi et ne pas apprécier la façon dont je gère ma maison, mais faire un article là-dessus et dire du mal de nous, parce qu’on n’a pas aimé la façon dont on a été reçu, je trouve pas ça bien.
(peut-être un petit peu de mal à accepter la critique…)
le jour où on est en panne, c’est pas la peine de nous montrer du doigt, et surtout avec méchanceté comme c’est fait
je suis d’accord, la méchanceté n’apporte rien.
Quand on choisit de faire du bistrot à vin, on fait ça par passion.

Arrive un fournisseur de cocottes en fonte
La difficulté du bistrot, les plats terroir, il faut savoir les amener, les présenter dans des jolies cocottes anciennes, le cuivre, les cocottes Staub, tout ça fait partie du bistrot, ces contenants qui étaient ceux de nos grands-mères, il faut les retrouver. On a vraiment envie de soigner les choses, que les gens soient enthousiastes, on peut faire un bœuf bourguignon et le présenter dans une jolie cocotte Staub, qu’est-ce que c’est joli…
On est une génération de bistrots comme ça, les Papilles aussi rue Gay-Lussac ils font ça…

Chez nous, en théorie je prends même pas de pause pour toujours être là, pour qu’il y ait un conseil.
A partir de 17h, on a tous nos habitués qui arrivent, et on commence…après on arrête à 23h30-minuit quand on ferme…quelqu’un qui vient vers 17h, et qui veut goûter un verre de vin sur une charcuterie, ou juste boire un verre de vin, il doit avoir le conseil.
On a aussi des gens qui réservent le soir pour avoir une table, et qui viennent faire de la dégustation charcuterie et fromage, ils arrivent vers 19h, ils commencent à prendre l’apéro avec des vins blancs, et après ils attaquent une petite charcuterie, ils me demandent ce qu’ils vont boire avec, je leur fais goûter des nouvelles choses, et on parle de vin, et ils s’amusent toute la soirée. Ils sont quatre, on fait quatre verres différents et ils boivent dans les verres les uns des autres, ou alors on met une bouteille au compteur, quand ils en ont marre, on regarde ce qu’ils ont bu et on passe à autre chose.
Moi je ne refuse jamais quelqu’un qui vient juste se faire une assiette charcuterie même à neuf heures du soir (à mentionner)
Tous les deux, on a été formés pour travailler dans des belles maisons, mais moi j’étais toujours en train de déguster du vin, et avec mon mari on s’est dit « un jour on va ouvrir un bistrot à vin, c’est pas possible, c’est notre culture, c’est nous ! » Même si je suis ravie d’avoir travaillé dans l’hôtellerie et la gastronomie, c’est une très belle école de la rigueur, c’est beau, on travaille des produits magnifiques, on va prendre des gens extraordinaires, moi qui m’ont formée, qui m’ont appris plein de choses, mais après moi je trouve que le bistrot, c’est ma vie. La convivialité du bistrot, l’ouverture des gens dans un bistrot…moi j’arrive avec ma bouteille de château de Vaux, mon vin de Moselle, « mais pourquoi pas », ils vont goûter. C’est vrai que le ratio est pas le même, et puis on fait goûter, s’ils n’aiment pas, on passe à autre chose.

(Après avoir goûté le Château de Vaux)
C’est intéressant parce que c’est un goût assez particulier, c’est votre goût en fait,
C’est des choses que j’aime, mais je ne rentre pas que des choses que j’aime, j’achète du vin pour faire plaisir, pas que pour mon plaisir.
Spontanément, en blanc, je bois ça régulièrement avec des amis, sinon j’aime la maison Henry Bourgeois dans la Loire, Arnaud, le petit-fils qui a repris, est quelqu’un qui a un charme fou, il est passionné, quand il vient avec les Sancerre, il me dit « alors là tu vois Anne, j’t’ai ramené les pierres », alors il cherche partout, « t’vois, ça c’est l’silex, tu sens ? alors vas-y, goûte le vin maintenant » « ah , vous avez raison… » « alors tu vois, là, c’est un autre Sancerre, c’est pas la même pierre »…et voilà. Et du coup j’aime cette maison, qui est hyper connue, qui pourrait être très snob, pas du tout intéressée par des petits bistrots de quartier, mais pas du tout, à l’inverse, Arnaud il vient ici avec une passion, il est content de faire découvrir…et souvent j’lui dis « un d’mes blancs préférés chez vous, c’est le P’tit Bourgeois », un sauvignon tout simple, facile à boire, il me dit « mais moi aussi », parce qu’il fait des choses très sophistiquées…c’est beau, c’est simple, voilà, donc j’aime cette maison. Et d’ailleurs le Châteaumeillant c’est eux aussi
Châteaumeillant Henry Bourgeois 3,5 € Mouais…
Pas très intéressant…pas beaucoup de fruit, un peu dilué…pas beaucoup de personnalité…en tout cas un peu écrasé par les épices du plat…
Commentaire : Même en rouge, c’est bien fait. J’aime la maison, et j’aime ce qu’ils font, j’aime savoir qui est derrière la bouteille ;
J’ai une passion pour la région du Languedoc
Mais j’bois beaucoup d’Alsace aussi, on a un ami, Paul Dussourd, c’est un peu notre région adoptive, parce que quand on a ouvert ily a dix ans notre premier bistrot (Au Rendez-vous des Amis dans le Marais), Paul est arrivé, personne ne nous connaissait, j’ai eu un mal fou à faire ma carte.
Il est arrivé, on a discuté comme on l’a fait aujourd’hui, et puis il m’a dit « écoutez, je sais pas ce que j’ai dans le camion aujourd’hui, mais je vous laisse du vin, vous me signez un bon, quand vous aurez vendu le vin, vous me paierez. »
Du coup on fait les sentiers gourmands en alsace tous les ans ensemble, je vais régulièrement faire des dégustations en Alsace chez lui, à Cherwiller.
C’est les vignerons comme je les aime. Ils adorent faire plaisir, y’a jamais de calcul, y’a de la générosité…Arnaud, j’ai un vrai respect pour des grands professionnels et des amoureux de la terre comme lui.
Paul Dussourd, tous mes clients, je leur dit d’aller lui dire bonjour, il leur a fait goûter du vin, il leur a absolument rien vendu, c’est chouette ! Moi j’aime les gens de cœur.
Le vieux comptoir, c’est depuis 6 ans, avant le Rendez-vous des amis…
Après l’école hôtelière, je suis partie travailler au Ritz, après on m’a fait une proposition pour être dans les bureaux, je voulais être aux achats, et bien acheter, c’est hyper important, donc voilà. J’ai appris plein de choses, et après je suis partie, parce que je voulais travailler dans un restaurant gastronomique. A l’époque, ils embauchaient pas de femmes, ni pour le vin, ni en tant que maître d’hôtel. Ça date de 90, on me disait que les femmes n’avaient rien à faire en gastronomie.

Je me suis présentée au relais de Sèvres qui avait deux étoiles au Michelin, je suis arrivée, j’ai été reçue par le directeur de l’hôtel, il m’a dit que j’avais un très beau CV, mais il ne me proposait de travailler qu’à la brasserie, pas au gastro. Mais comme j’avais un piston, il m’a dit de rencontrer le directeur de la restauration. Je vois Patrice arriver, qui est devenu un de mes amis depuis, et je lui dis « je suis embêtée, je veux pas aller à la brasserie, je veux travailler au gastro ». Il me dit « vous savez que la direction ne veut pas ? écoutez, moi j’vous embauche, mais va falloir être costaud, vous allez être la seule femme. » je lui ai dit « moi ça me fait pas peur, je veux cette expérience en gastro. » et ça a été extraordinaire, parce que j’ai passé deux ans à être formée au vin, à la gestion (c’est le groupe Accor, Patrice m’envoyait en stage, en particulier des stages de direction, tant qu’il pouvait).
Il a fallu que je fasse mes preuves et que je supporte les 30 machos qui étaient là, ça a été magique. Et au bout de deux ans, Patrice m’a annoncé qu’il partait ouvrir un restaurant avec le chef du relais de Sèvres. Ils m’ont recrutée en tant que responsable pour leur deuxième adresse. Et ça a été magique. Après, il y a eu plein de rencontres, entre autres Anne-Marie Lefierdebras, avocate spécialisée dans le bistrot. ( ?)

Vous êtres très visuelle je trouve, vous faites plein de trucs, et c’est un peu comme une scène, on a l’impression de voir quelqu’un sur une scène !(on dirait un peu Géraldine…)
Vous avez raison dans le sens où j’ai vraiment très mal (au dos), mais ce soir je serai là, et les gens n’ont pas à le savoir. Les gens viennent parce que la table est bonne, je suis très fière de ce que fait mon mari, et aussi parce qu’ils vont avoir quelqu’un en salle qui va être dynamique, enthousiaste, qui va parler des vignerons avec le cœur, et qui va être…moi je suis toujours sur l’échange, si quelqu’un me dit qu’il ne connaît pas le viognier, j’ouvre une bouteille.
Le vrai esprit du bar à vins, c’est convivialité, enthousiasme, générosité, partage, échange. Je peux vous assurer que cette attitude naturelle, enthousiaste, ça fait des rencontres incroyables, combien de gens m’ont ramené des bouteilles de leurs vacances…parfois j’ai eu des surprises incroyables. Comme ma voisine uqi vient d’avoir son bébé, elle a pas bu de vin pendant des mois, elle me demande ce que je dois boire, ça fait longtemps que j’ai pas bu…c’est chouette !

Ça c’est un vrai vin d’apéritif, c’est complètement différent. Moi je travaille avec jean-luc Colombo parce qu’il est talentueux, il est passionné, et pareil il a fait preuve de générosité quand on s’est installés. Il m’a envoyé quelqu’un qui m’a fait goûter ses vins. Il ne nous a pas harcelés pour quoi que ce soit, ou pour qu’on développe particulièrement la gamme chez lui…et en plus, dans le bistrot il est un peu atypique. Tous mes collègues de l’ancienne génération sont un peu agacés, parce que c’est un œnologue et pas un vigneron au départ. Moi j’ai pas des parents qui étaient dans le bistrot. Mais c’est pas parce qu’on n’a pas trois générations derrière nous qu’on ne peut pas avoir du talent, qu’on ne peut pas avoir envie de bien faire, et que ce n’est pas parce qu’on fait différemment, avec une éenergie différente de ce qui s’est fait avant, qu’on n’est pas respectueux des anciens, au contraire, et qu’on n’a pas quelque chose à apporter à notre métier. Et moi je trouve que Jean-Luc Colombo il représente ça.
Mais y’a des gens qui regrettent un peu son influence œnologique sur la vallée du Rhône ?…
Oui, c’est ça.
Viognier 2004 Colombo La violette S
Minéralité, légère réglisse, léger fenouil, cavi, attaque à la fois un peu corpulente, puis extrêmement miellée (miel de châtaignier) et oranger. Ro fruitée (pêche de vigne), fleurs blanches, lacté, poivré en fin. Très belle fraîcheur.
Commentaire :
J’ai fait une dégustation chez lui où on a goûté des grandes choses, des saint Péray, des côtes du Rhône, mais ça a été mon préféré. C’est sur la pêche de vigne, c’est juteux. Quand j’en parle, je dis à mes clients « est-ce que vous avez envie d’un vin pour l’apéritif, où vous aurez cette impression de croquer dans une pêche de vigne, et vous aurez le jus qui dégouline ? » il dégouline dans la bouche, et pas sur les joues, et moi j’aime bien !
Ce qui est intéressant, c’est qu’entre le Moselle et le viognier, c’est pas les mêmes vins, mais il y a cette grande fraîcheur, ce fruit très fin, et les fleurs blanches par dessus.
C’est tout à fait ça. J’aime des vins qui vont ouvrir l’appétit mais qui ne vont pas être ni riches, ni gras, j’aime m’ouvrir le palais, commencer à le faire travailler, avoir les sensations, mais si on avait commencé avec un Condrieu ou un Gewurztraminer, des choses très aromatiques…
Oui, ça nettoie bien, et là on peut manger
Après on peut terminer avec des vendanges extrêmes, ça a un goût de coing, avec un strudel aux pommes et à la canelle, c’est super bien avec…au dessert, c’est pas grave, au contraire, moi qui ne bois pas de digestifs, finir avec ces vins-là, c’est super !

Vous aimez les vins un peu poivrés, aussi
Ah oui !

Pour ces vins qui sont de vraies découvertes pour moi, là je les regoûte, on a l’impression que c’est un petit vin, à la première impression,
J’ai eu ça sur plusieurs de vos vins, le Saint Véran aussi…

La carte change assez souvent ?
On a une carte (au mur) avec une douzaine d’appellations, on les a tout le temps, on les efface si on est en rupture…à midi, on fait beaucoup à la voix…en plus on a cette carte (sur une planchette en bois) c’est des vins, j’en ai 60 bouteilles, le beaumes de Venise du domaine Redortier…et après, comme on travaille sur le principe des habitués, des gens qui reviennent nous voir, parfois, par exemple chez Redortier, j’ai 12 bouteilles de leur cuvée Sébastien en Beaumes de Venise prestige. C’est magique, mais j’en ai que 12. Quand les gens me demandent de les surprendre, je leur sors des petites choses, des bonnes surprises, quand je sens que ça peut faire plaisir. C’est ma petite carte des orphelines !
Et le principe, c’est qu’une bouteille de Fitou vendue 20 euros, si dans le millésime 2003 il en reste deux, moi je vais changer mon millésime à la carte, et je vais mettre le 2003 sur ma carte des orphelines. Et au lieu de payer 20 euros, les gens le payeront 16 ou 17. au lieu de faire payer très cher les orphelines parce que ce sont des exceptions, on va dire aux gens « voilà, c’est notre cadeau ».
C’est ça le bistrot !

On fait vraiment une cuisine qui a beaucoup de goût.
Notre principe, comme pour les vins, on est toujours dans la découverte, on s’amuse beaucoup, on a Greg à Morteau qui nous fait de la terrine, des saucissons, aujourd’hui le jambon du jour, c’était un iBaïona, maison Maïté Sauveur, affiné 15 à 18 mois. La terrine, c’est celle de Michel dans l’Ardèche. Comme on ne travaille qu’avec des petites maisons, en fonction du moment, la semaine dernière on avait la terrine du pays basque au piment d’Espelette.

Y’a pas de Métro qui rentre chez nous, on n’a chète rien à Rungis, on achète uniquement à de petits artisans. Notre boucher, « tonton andré », il élève lui-même ses bêtes dans la Sarthe. Ça le fait rire, parce que y’a quinze jours, mon mari l’appelle et voulait avoir 60 souris d’agneau. Il m’a dit : vous croyez pas que je vais tuer toutes mes bêtes ! Vous en aurez que 40 ! Le bistrot c’est ça. Mon mari est un vrai généreux. On a fait de la côte de cochon, elle fait 500 grammes par personne, c’est magique ! on en passe une dans la salle…nos côtes d’agneau, elles sont dans le filet. Monsieur André, on achète que ses bêtes.
Ça explique que les prix soient dans une moyenne haute, c’est des prix de bons produits
Les gens le savent, jamais ils ne nous disent que c’est cher. Mais les gens qui viennent dîner une première fois chez nous, ils en prennent trop ! Pour manger quatre entrées chez nous, il faut être six ! après arrive le plat, et alors « ah oui, elle fait 1,4 kg la côte de bœuf ? » (pour deux !)
On fait aussi une entrecôte de 600 g.pour deux. Chez nous, on se fait une entrée pour deux, un plat, si on a encore faim on se fait un plateau de fromages, c’est la maison Quatrehomme, et surtout on attaque les desserts. Mon mari n’est pas pâtissier mais fait de vrais desserts.
Quand on arrive au dessert chez nous, y’a une vraie recherche, le tiramisu chataîgne et bas Armagnac, ce soir on a une crème au chocolat blanc avec de la confiture d’olives de kalamata à l’huile d’olive et au thym.

Ce qui est génial le soir…c’est vrai que c’est un vrai spectacle en salle…et je suis le chef d’orchestre de tout ça…y’a une vraie convivialité, la salle est toute petite, on est vraiment dans l’esprit bistrot. A un moment, tout le monde discute forcément avec tout le monde. Y’a un vrai truc qui se passe.
Le soir, y’a autant de monde qu’à midi, mais on va commencer vers 19h30, finir vers 22h-23H, mais c’est plus long, c’est beaucoup moins speed.
Le soir c’est magique, parce que même encore samedi soir j’avais une table, deux dames, la mère et la fille, elles avaient demandé l’addition, elles étaient prêtes à partir, elles ont commencé à discuter avec les voisins, ils se sont offerts du Champagne mutuellement, et voilà ! Et en plus, par principe, on ne vire jamais les gens. On n’ira pas donner l’addition pour dégager les gens, je ne supporte pas.
Le premier principe de la maison, c’est « un client qui rentre doit devenir un habitué », ou il doit au moins avoir envie de revenir.



Cahors 2004 Lacapelle Cabanac cuvée XL (100% Malbec) 6 € : S
Nez très concentré,sur les fruits noirs (cassis, myrtille), très belle fraîcheur un peu lacté, puis violette. Attaque franche, très belle fraîcheur. Très beau support acide.
Commentaire : C’est un Cahors en 100% Malbec. Vous goûtez leur cuvée tradition, à l’aveugle vous reconnaissez le Cahors. Là, on est sur le 100% Malbec, cépage beaucoup plus difficile à travailler. C’est du bio. (Les bio, j’en ai environ 40en cave, mais je le dis pas forcément). Je le trouve bien équilibré, c’est chaleureux, opulent, mais pas alcooleux du tout. Ça c’est des vins que je pourrai boire tous les jours, et qui vont très très bien avec notre carte.
On a le fruit, et d’un seul coup, le support acide apparaît, les tanins sont encore là…
Ça c’est le vin qui réunit toutes les générations, aussi bien des jeunes de 25 ans, que des notaires…
C’est pas étonnant, y’a tout ce qu’on cherche dans un bon Bordeaux,la fraîcheur, les tanins, la structure, le fruit, et en plus c’est très moderne, y’a pas un défaut, c’est droit, c’est expressif, c’est pas lourd…le terroir et la modernité.
Et du coup, on réunit tout le monde.

Alors, le Fitou dont on a parlé tout à l’heure, c’est mon vin de femme par excellence, quand elles boivent pas de blanc avec le foie gras par exemple.
Fitou 2003 Château des Erles cuvée des Ardoises 4 € : TB
Léger animal, puis coulis de framboises fraîches, léger lacté, très jolie finesse, fin de nez très fraîche, minérale. Attaque vive, bouche fraîche en fin, pas du tout lourde. Très légère verdeur en persistance
Commentaire : le côté épices, caramel, avec le foie gras, c’est génial. Souvent, on met un vin moëlleux avec le foie gras…et après on n’a plus le palais pour apprécier le plat suivant !
Pour un fitou et pour un 2003, il est très sur la framboise et le fruit rouge au nez.
C’est hyper facile à boire. Après j’ai des vins hyper animaux, un Minervois à carafer une heure avant…
Je vois avec ma clientèle ici, on exprime de plus en plus notre avis sur le vin. Je me souviens il y a six ans en arrière, y’avait beaucoup plus de gens qui prenaient toujours la même chose, ce qu’on leur avait dit de boire. Maintenant, j’ai des hommes et des femmes de toutes générations qui, avec un vocabulaire très simple, savent nous dire tout de suite ce qu’ils aiment.


Bouteilles de 15 à 85 €